Celui qui se présente ici comme narrateur en est donc réduit à parler d’un film, d’un seul film, du même film qu’il a vu des dizaines et des dizaines de fois. Toute remarque, tout commentaire, il les a notés, consignés dans un cahier, jour après jour. Son existence est minée par le film. Ses goûts et ses jugements, il les doit au film. Ses amis comme ses ennemis, il les doit à l’opinion qu’ils se sont faite sur le film. À vrai dire, sa vie ne tient qu’à un film.
Les
premières pages
La revue de presse
Bertrand Leclair (Les Inrockuptibles, 1999)
« Le narrateur de Cinéma est prisonnier esclave, de sa fascination pour Sleuth. “ Suspendu à un film ”, il l'est au point, non seulement de le revoir sans cesse, mais aussi de sélectionner ses amis en fonction de la capacité de chacun à toucher ou non cet essentiel du film qu'il pourchasse dans la forêt des images sans réellement parvenir à le saisir, cet essentiel du film autour duquel il ne cesse de tourner, ce point aveugle et fuyant où bat le cœur de sa fascination. “ Moi-même je n'ai pas de vie à côté du film, dit-il, je suis un homme mort sans Sleuth ”, d'où cette très belle idée, dans le rapport à la comédie de la mort qui est le véritable sujet du livre, que revenir toujours à ce même film, ce serait “ le confronter avec mon monde à moi, mon réel à moi qui change tout le temps, pour tester la résistance du film à mon mental ”. »
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