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Critique n° 754 : Le pragmatisme et ses doubles : autour des frères James
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Clément Rosset, Tropiques. Cinq conférences mexicaines

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Critique n° 752-753 : Du style !

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Le 7 janvier 2010
Christian Gailly, Lily et Braine
Christian Gailly, Les Évadés (Collection « double »)
Critique n° 751
Philosohie n° 104
 

Romans
Le Camion

Marguerite Duras
Le Camion
suivi de Entretien avec Michelle Porte

1977
140 pages
13,50 €
ISBN : 2707301795
EAN13 : 9782707301796



L’ouvrage que nous publions est composé de deux textes littéraires d’une part du scénario qui se présente de la même façon que Détruire dit-elle avec des indications techniques, d’autre part de l’entretien qu’a eu Marguerite Duras avec Michèle Porte, à la suite de la réalisation du film.
Le scénario indique que pratiquement tout le film se déroule dans un même lieu où on lit une histoire. Dans une chambre fermée où tous les rideaux sont tirés, un homme (Gérard Depardieu) et une femme (Marguerite Duras) parlent pendant 1 heure 20. La femme raconte une histoire qui est celle d’une femme qui monte dans un camion en faisant du stop et qui parle au chauffeur qui ne l’écoute pas. Pas une seule fois, on ne voit la femme dans le camion. Seul, par moments, le camion apparaît et des voix off indiquent que la femme parle au camionneur.
Parlant de ce film, à un journaliste de l’Express, Marguerite Duras disait : “ Que Le cinéma aille à sa perte, c’est le seul cinéma. Que le monde aille à sa perte, c’est la seule politique... J’aime assez quand la platitude devient importante. ”
Le scénario est suivi d’un entretien avec Michèle Porte dans lequel Marguerite Duras parle de sa conception du cinéma. De pièce de théâtre en roman, de roman en film, Marguerite Duras écrit l’histoire des relations d’un auteur avec son œuvre et notamment celle de la destruction de l’appropriation d’une forme bien déterminée à un thème. Elle évoque ensuite ses précédents films, son enfance en Indochine, sa mère son appartenance au parti communiste et sa rupture d’avec celui-ci, ses prises de position politique, sa maison de Neauphle-le-Château. On retrouve dans cet entretien le thème principal de l’œuvre de Marguerite Duras, celui de la folie salvatrice : le fou libéré de tout problème de forme peut enfin créer et la création ainsi libérée des limitations que lui impose la forme, est directement saisissable par le public. Ce qui permet à Marguerite Duras de dire à propos des thèmes abordés dans Le Camion : “ Je peux passer de la politique à la Beauce, de la Beauce au voyage de la dame, de la dame aux marchandises transportées, à la solitude, à l’écriture, aux maisons qu’elle a habitées. ”
Pourquoi deux versions d’une même œuvre, peut-on se demander. Parce que Marguerite Duras a besoin de ne jamais imposer une représentation unique. Le texte doit être refait par le lecteur ou le film par le spectateur.
Bien que ces œuvres soient complémentaires l’une de l’autre, chacune a sa propre existence, qu’elle soit œuvre littéraire (écrite ou parlée ou qu’elle soit œuvre cinématographique, et le sens ne vient que de la façon dont on ressent le ton de l’auteur que ce soit à travers les mots ou à travers les images.

‑‑‑‑‑ Extrait d’un entretien avec Marguerite Duras ‑‑‑‑‑

Entretien paru dans Le Monde, en 1977

Comment peut-on concevoir un film qui repose uniquement sur la parole ?
Le Camion ne repose pas uniquement sur la parole, il y a quelqu’un qui lit, quelqu’un qui écoute. Le camion sur une route, c’est une image, c’est de l’image. Ça n’aurait pas pu être du théâtre, Le Camion n’est pas joué, il est lu, et il n’a pas été répété. S’il l’avait été, ç’aurait été un autre film.
Je ne sais pas si on peut parler de mise en scène ni même de montage dans Le Camion, mais peut-être seulement d’une mise en place. Dans la chaîne de la représentation, il y a un créneau blanc : en général, un texte, on l’apprend, on le joue, on le représente. Là, on le lit. Et c’est l’incertitude quant à l’équation Camion. Je ne sais pas ce qui s’est passé, j’ai fait ça d’instinct, je m’aperçois que la représentation a été éliminée. Le Camion, c’est seulement la représentation de la lecture elle-même. Et puis il y a le camion, élément uniforme, constamment identique à lui-même, qui traverse l’écran comme le ferait une portée musicale.
Je dis Le Camion comme j’entends l’écriture se faire. Car on l’entend, avant la projection sur la page. Avant la sortie de la phrase, elle est entendue. Je me tiens dans cet espace-là, c’est être au plus proche de l’énoncé interne. En général, il y a la projection sur la page et la préhension de l’écrit par un tiers. C’est le spectacle, Là, ça n’existe pas. On ne descend pas vers l’éclatement du texte. La lecture fait remonter vers lui, vers le lieu où il n’est pas encore dit. Dans une relation personnelle, dans la vie, il y a surgissement de la parole, et rien à faire, on ne le retrouve, jamais, ni au cinéma ni au théâtre. Il y a une sorte de passage à I’acte du texte qui l’use qui le vieillit. Dans Le Camion, sauf moi qui le connaissais pour l’avoir écrit, personne n’avait entendu le texte. Bien sûr, c’est un risque très grand. Le Camion, c’est ce risque là.
C’est un texte approximatif et interchangeable pour la plus grande part. Il y a ça qui compte beaucoup. À tout moment, je pouvais m’autoriser à tout changer. Le film s’est fait en même temps qu’il s’est filmé.

Les premières pages

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Le 9 septembre 2010
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Philosophie n° 107

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Bernard-Marie Koltès, Une part de ma vie Entretiens 1983-1989

Le 23 septembre 2010
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Le 7 octobre
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