recherche catalogue
 

Toutes les parutions de l'année en cours


Par année


Le 2 septembre 2010
Critique, n° 759-760 : À quoi pense l’art contemporain ?

3 juin 2010
Critique 757-758 : Vivement Paris !
Philosophie 106 : L'Individu

6 mai 2010
Critique n° 756

1er avril 2010
Critique n° 755 : Chemins de la liberté
Catalogue 2010

Le 4 mars 2010
Christian Oster, Dans la cathédrale
Critique n° 754 : Le pragmatisme et ses doubles : autour des frères James
Philosophie n° 105

Le 18 février 2010
Clément Rosset, Tropiques. Cinq conférences mexicaines

Le 4 février 2010
Critique n° 752-753 : Du style !

Le 14 janvier 2010
Éric Chevillard, Choir

Le 7 janvier 2010
Christian Gailly, Lily et Braine
Christian Gailly, Les Évadés (Collection « double »)
Critique n° 751
Philosohie n° 104
 

Poésie
Requiem

Anna Akhmatova
Requiem
Édition bilingue
Traduit du russe et présenté par Paul Valet

1966

6 €
ISBN : 2.7073.0206.6
EAN13 : 9782707302069



Ces poèmes qui forment le Requiem et dont on lira ici la traduction, s'échelonnent entre les années 1930 et 1957. À l'exception du poème « Le Verdict » (publié sans titre en 1961), ils n'ont jamais été jusqu'à présent édités en U.R.S.S. Le Requiem a parue en langue russe, en décembre 1963, à Munich, par les soins de Tovarichtchestvo Zaroubiejnick Pissatielieï. Le livre est précédé de l'avertissement suivant :

« Cette suite de poèmes nous est parvenue de Russie et nous la publions à l'insu de l'Auteur et sans son consentement. »

P. V.

Préface de Paul Vallet

Il est dur d'être poète. Mais pour elle, c'était encore plus dur. Certes, il y avait sa jeunesse de Tsarkoïé Sélo, ce Versailles russe, raffiné, facile, subtil et brumeux, tout près de la Baltique, si différente de la mer Noire, au bord de laquelle elle était née (1). Certes, il y avait ses premières rencontres et amitiés avec des poètes de la « Belle Époque », il y avait ses premières amours, et aussi ses premières plaquettes de poèmes : tendres, lyriques, mystérieux, un peu « pouchkiniens », mais déjà très personnels, couverts d'un léger voile de deuils à venir. La Grande Guerre approchait. En une heure de temps, nous avons vieilli de cent ans, écrit-elle le 1er août 1914 (3), jour où l'Allemagne déclarait la guerre à la Russie. Ainsi donc, cette poétesse, d'inspiration sentimentale, appelée, apparemment, à ne chanter que les imperceptibles mouvements de l'âme féminine, la nature, l'amour et la nostalgie d'un bonheur toujours fuyant, est confrontée avec la terrible réalité. Et cette réalité terrible (qui est peut-être l'essence même du XXe siècle) est entrée au plus profond de son cœur de femme et de poétesse. Elle ne s'en délivrera plus jamais. Il est sans doute étrange, pour un observateur occidental, de voir cette femme de vingt-cinq ans, belle et séduisante, la préférée de ses amis, comme elle le dit elle-même, la gaie pécheresse de Tsarskoïé Sélo, faite pour des plaisirs mondains, pour des amours et aussi pour la gloire littéraire (déjà presque acquise), échapper à toutes ces contingences pour assumer un tout autre destin... qui était bien le sien. Il est permis de croire que c'était la souffrance de son peuple qui ait opéré ce changement en elle. Mais le terrain s'y est prêté. Profondément enracinée dans la réalité matérielle et spirituelle russe, elle se sentira désormais solidaire du destin des autres et de tout ce qui se déroulera autour d'elle. En 1916, elle compose ces deux vers qui définissent sa nature profonde :

Et la conscience de plus en plus terrible
Sévit. Elle exige un énorme tribut.

 Cette « conscience terrible », qu'elle a hérité du meilleur de l' « intelligentsia » russe du XIXe siècle, lui dictera le chemin à suivre, aussi bien dans sa vie que dans sa poésie. Quand la révolution d'Octobre éclate, ses amis se dispersent, ou se terrent, ou se rallient, avec ou sans conviction, au nouveau régime, ou passent à l'étranger (il était alors si facile, si tentant de partir !). Anna Akhmatova, elle, reste, hausse ses épaules (couvertes de son légendaire châle parsemé de roses écarlates) et écrit :

J'ai entendu une voix consolante
Qui me disait : « viens, viens ici,
Quitte ton pays sauvage, coupable,
À tout jamais quitte la Russie.
Je laverai le sang de tes mains,
Et la honte de ton cœur, j'arracherai.
D'un nom nouveau je te couvrirai
Et tes défaites et tes offenses. »
Mais, indifférente et sereine,
J'ai bouché mes oreilles de mes mains,
Pour empêcher ses paroles indignes
De souiller mon âme affligée.

Son destin ainsi réaffirmé, les événements suivent leur cours inexorable. En 1921, son premier mari, Nicolas Goumilev, est fusillé pour activités anti-soviétiques. Après son exécution, Akhmatova est contrainte de se taire pendant presque vingt ans. À l'exception de quelques études sur Pouchkine et de quelques traductions, elle ne peut pratiquement rien publier. En 1938, en pleine « Iéjovchtchina » (3), on arrête son fils unique, Lev Goumilev, sans doute parce qu'il portait le nom de son père. Commencent alors, pour Akhmatova, des semaines, des mois, des années de cauchemar, dont son Requiem porte les stigmates. Mais elle se ressaisit. En 1940, elle réussit à publier un choix de ses anciens poèmes, ainsi qu'une suite de textes inédits. La Seconde Guerre mondiale la surprend à Léningrad, sa ville préférée, ville affamée, assiégée, bombardée jour et nuit. Elle y demeure, calme et courageuse, en décrivant dans ses poèmes de guerre la profonde détresse du peuple russe, ainsi que sa force de résistance. Évacuée à Tachkent, elle continue à partager l'épopée de son peuple. De cette époque désespérée, nous avons d'elle un poème plein de lumière et de puissance, L'Offensive (1942), présage d'une victoire lointaine, mais certaine. Ses poèmes patriotiques ont alors un immense retentissement en Russie combattante.

La victoire, si chèrement acquise, vient enfin. Mais en 1946 s'installe en U.R.S.S. la « Jdanovchtchina » (4), avec de nouvelles persécutions. On passe au crible la poésie d'Akhmatova. On y découvre un certain « occidentalisme », étranger à l'esprit « soviétique ». On la chasse de l'Union des écrivains soviétiques, ce qui la prive pratiquement du droit de publier ses livres. En 1956, son fils, après une détention de presque vingt ans, est enfin libéré, à la suite d'interminables démarches de sa mère. Mais la conscience d'Akhmatova, sa terrible conscience, n'est point apaisée, loin de là. Elle continue à sévir, elle exige son dû, elle exige toujours cet énorme tribut prédit et décrit dès l'année 1916. Elle sent qu'il appartient à tout le peuple russe, au peuple de cent millions d'âmes, de crier sa détresse, par sa bouche à elle, Anna Akhmatova. C'est cela son destin, c'est cela son Requiem, poème unique dans l'histoire russe, poème épique d'un grand peuple martyr.

Paul Valet

(1). Anna Andriéevna Gorenko, qui a choisi pour pseudonyme le nom de sa grand-mère tartare Akhmatova, est née le 11 juin 1889 près d'Odessa.
(2). Le 19 juillet d'après l'ancien calendrier russe.
(3). De Iéjov, le commissaire du peuple à l'intérieur dont le nom est resté associé aux grandes épurations et déportations.(4). De Jdanov, le grand inquisiteur de l'art russe après la guerre.

En savoir plus...

Samuel Beckett,
Fin de partie

Alain Robbet-Grillet,
Les Gommes
La Jalousie
Critique 651-52 : Alain Robbe-Grillet
Claude Simon
La Route des Flandres
Antoine Volodine

Le 9 septembre 2010
Yves Ravey, Enlèvement avec rançon
Philosophie n° 107

Le 16 septembre 2010
Antoine Volodine, Le Port intérieur
Bernard-Marie Koltès, Une part de ma vie Entretiens 1983-1989

Le 23 septembre 2010
Jean Echenoz, Des éclairs
Jean Echenoz, Nous trois

Le 7 octobre
Eugène Savitzkaya, Marin mon cœur

Le 14 octobre
Pierre Bayard, Et si les œuvres changeaient d'auteur ?
Pierre Bayard, L’Affaire du chien des Baskerville
Georges Didi-Huberman, Remontages du temps subi - LŒil de l'histoire 2
Critique n° 761

© Les Éditions de Minuit
Site édité avec le concours du Centre national du livre
www.culture.fr/